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Chausse-trapes à L'Hermitage Ce blog est la vitrine du Club d'orthographe de L'Hermitage. Vous y trouverez des dictées et divers exercices pour vous entraîner. Nous rédigerons également des fiches sur l'étymologie, le vocabulaire, la grammaire, la conjugaison, les règles d'orthographe et leurs exceptions, les pièges à éviter, les faux-amis, et autres curiosités de la langue française...

Dictée du championnat d'Ille-et-Vilaine 2008

La double vie de Monsieur Brassemot.

M. Brassemot de la Verberie est un mari exemplaire et un père de famille hors pair. Flanqué d'une épouse acariâtre et d'une demi-douzaine de rejetons plus accablants les uns que les autres, il ne hausse cependant jamais la voix et en impose à tout un chacun par sa seule présence. Lorsqu'il rentre au bercail, la maisonnée chaotique et bruyante se métamorphose en havre de paix.

Sa bonté envers la gent animale est proverbiale. Nonobstant la tradition, il a interdit aux traqueurs l'accès aux terres giboyeuses de son domaine : l'eldorado de la chasse à courre est devenu un éden où s'ébattent cerfs, chevreuils, levrauts et perdreaux.

Sa bonhomie le fait apprécier de tout le monde :  c'est un ami secourable, un voisin obligeant. Bel homme de surcroît, il aime à se mettre sur son trente(-)et(-)un. Avec ses costumes jaune moutarde flambant neufs, ses cravates bleu-violet et ses chemises anthracite, c'est un gentleman des plus élégants.

Professionnellement parlant, M. Brassemot se révèle être un capitaine d'industrie intègre et charismatique. Les nombreux directeurs qui se sont côtoyés et parfois succédé à la tête des différents services de sa firme louent à l'envi son savoir-faire, son franc-parler et son entregent. M. Brassemot, en tout point irréprochable, dirige ses établissements avec maestria et sans à-coups. Quelles que soient les difficultés qui l'attendent, et quelque(s) péril(s) qu'il encoure, il demeure sourd aux sirènes de l'argent roi. M. Brassemot s'est toujours refusé aux délocalisations et aux licenciements massifs justifiés par de fallacieux motifs économiques. En revanche, enthousiasmé par l'émergence du commerce équitable, il n'a pas hésité à ouvrir des manufactures dans des contrées défavorisées peuplées d'habitants étiques, et à réinvestir les plus-values engrangées dans des fonds éthiques.

Il paraît vain de lui chercher une faille; rien dans son personnage n'est feint, et nul ne lui connaît de faiblesse. Pourtant, M. Brassemot mène une double vie. Alors qu'il pourrait consacrer un temps substantiel à sa famille, il s'y dérobe parfois en usant de subterfuges variés. Son épouse, lorsqu'elle a tenté de le retenir dans ses rets, s'est souvent vu opposer des contretemps et des obligations aussi farfelus qu'imparables.


Quelle passion inavouable peut bien entraîner cet homme respectable à délaisser ses pénates? Ce vice infamant, qu'il cèle à son entourage, c'est son addiction à l'orthographe. Empreint d'un amour indéfectible envers la langue française, M. Brassemot parcourt l'Hexagone et le monde francophone au gré des championnats dans lesquels il s'inscrit sous divers noms d'emprunt, après s'être dûment emperruqué et grimé. Les archaïsmes et les accords alambiqués n'ont pas de secrets pour lui. Déjouant les chausse-trap(p)es et les écueils avec virtuosité, il collectionne les sans-faute et les trophées. Les récompenses décernées lors des remises de prix sont invariablement redistribuées en sous-main à des associations caritatives. Ainsi, M. Brassemot, à l'insu de tous, poursuit-il sans vergogne ses «odyssées ».

 

Jeanne Launay et Marine Quilfen

 

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